Le monde de l’art abrite plusieurs mondes. Il faut bien plus qu’un premier regard pour révéler à l’observateur le chemin vers des endroits changeants, pour lui montrer les personnages qui y résident, et peindre des confidents, des mentors et des amis. Voici les colonnes imaginaires qui entretiennent la réalité, pour trouver du réconfort, pour guider, pour murmurer les « mensonges » qui nous aident à découvrir la vérité. Cette semaine j’ai eu une conversation révélatrice. Je ne m’attendais pas à ce que mon ami comprenne ni à ce que je puisse l’admettre, lorsque j’ai dit : « certains de mes meilleurs amis sont faits de papier. » Lorsqu’une personne s’échappe des pages, quelqu’un qui semble si réel, dont les souffrances et les joies ressemblent aux vôtres, à qui votre compagnie est devenue une présence à garder à tel point que vous vous demandez ce qu’ils font pendant la journée. Cela a été mon cas avec une « personne en papier » en particulier ; lorsque j’ai ouvert les Illusions perdues de Balzac, je ne m’attendais pas à rencontrer quelqu’un de si complexe, de si entier, qui ne pourrait être fait que de la même matière que vous et moi. J’ai été rapidement absorbé par ce livre, à un tel point que si vous m’aviez demandé où j’étais pendant l’hiver 2014, j’aurais réfléchi avant de vous répondre « dans le Paris du XIXème siècle ». Balzac était un pionnier du réalisme, il écrivait pendant des heures, tenu éveillé par le café, il nous a laissé une impressionnante collection littéraire appelée « La Comédie humaine » qui est peuplée de personnages en évolution constante qu’on retrouve dans différents livres. Ce qui m’impressionne le plus, c’est cette étrange propriété qui fait que ces personnages sont maitres de leur destin, ils vivent dans ces pages mais ne peuvent pas être manipulés par l’auteur. Celui-ci ne fait que rapporter les actions libres et nous, lecteurs, avons toujours l’impression qu’à un moment, ces personnages vont sortir du livre. Trompe-l’œil est un genre artistique qui vise à abattre le quatrième mur (vous savez, comme quand Francis Underwood [House of Cards] parle au spectateur). Pour moi, ce tableau de Del Caso en est l’exemple parfait, l’art vise à se rapprocher du spectateur, conscient de sa situation mais dépassant ses frontières, comme un narrateur qui fait un clin d’œil à son lecteur. Je ne vous dirais pas lequel des personnages de Balzac m’a fait une telle impression, mais permettez moi de vous poser ces questions : Vous êtes-vous déjà séchés les yeux sur quelque chose autre qu’une feuille de papier ? Avez-vous déjà partagé un secret avec un ami captif d’un tel monde ? Oscar Wilde a dit : « La vie imite l’art bien plus que l’art n’imite la vie. » Je suis tout à fait d’accord. Artur Deus Dionisio




Huyendo de la crítica (Fuyant la critique)
huile sur toile • 75,7 x 61 cm